dimanche 30 octobre 2011

Pélargonium ou géranium???

Il est de bon ton, de la part de prétendus et sots jardiniers de vilipender ces temps-ci le géranium, tellement" ordinââire"!
Certes le géranium est facile et de bonne composition; certes il tenait compagnie au canari de Mimi Pinson sur le rebord de la lucarne de sa mansarde; certes, il décorait les abords des loges de concierges  avant que ces derniers ne laissent la place aux digicodes, et le digicode, on en convient n'a nul besoin d'être fleuri.
Mais sans le géranium, quand les saisons ne se présentent pas selon nos voeux, quelles fleurs verrions_ nous dans nos jardins en juillet/août et jusqu'aux gelées?
Quelle autre plante accepte, quand il arrive qu'on la malmène, de voir la tige cassée repiquée illico dans le même pot et en profite pour donner plus d'opulence au pied , sinon ce bon garçon de géranium?
Et s'il n'est pas question de mépriser le bon gros géranium vermillon, il est bon de savoir qu'il en existe d'innombrables variétés ; il en est même "de collection", tel ce graveolens rosea,  aux fleurs et feuilles nettement moins spectaculaire que son parfum. Un petit pot que j'ai reçu en juin, vient de se multiplier par trois, sans compter les boutures... Et qu'est ce que je vais faire de tou tça? des cadeaux bien entendu!
J'ai déjà commencé avec celui au feuillage pourpre dont j'ai oublié le nom et qui offre sur ses feuilles sombres des bouquets d'un rose étonnant...
Bon! puristes... je sais... ce ne sont pas de géraniums dont je vous vante les mérites, mais de pélargoniums. Et alors? mal les nommer ne mes empêche pas de prospérer...
Et ce n'est pas fini; je vous raconterai les autres quand viendra leur tour de faire des enfants. Et au fait... si vous en voulez, y'a qu'à demander...

samedi 29 octobre 2011

Des chrysanthèmes

Dans la serre de l'horticulteur, on est comme Marguerite devant le coffre à bijoux: on rit de les voir si beaux et on ne sait pas lesquels choisir; tant et tant de nuances du pourpre au corail en passant pas l'orange...
Pourquoi celui-ci au coeur foncé plutôt que celui-là, uni mais si velouté... enfin j'ai pris ces quatre dont j'améliorerai la disposition plus tard; ce coin est en travaux...Conseil de monsieur Morel (l'horticulteur) pour les préserver: ne pas les mettre en pleine terre maintenant, car ils craignent le gel; attendre qu'ils soient défleuris et les couper ras; les garder dans les pots à l'abri du  gel en les arrosant un peu tout au long de l'hiver. Au printemps (avril-mai), les repiquer en pleine terre en arrosant bien...Ils refleuriront à l'automne bien enracinés et se naturaliseront moyennant un paillage confortable pendant l'hiver.
Ah! je crois me souvenir qu'ils craignent le soleil; on doit donc pouvoir les faire voisiner avec rhodos et hortensias... mais bon,je me ferai préciser ça, à ma prochaine incursion chez Morel...

mercredi 26 octobre 2011



Les soirs violets et verts de la Provence, - les jaunes aurores des étés francs-comtois;- l'immobile fumée, bleu de pervenche, qui comble la vallée où Fès s'endort, piquée de feux, dans l'odeur des copeaux de cèdre;- une nuit de cristal, en hiver, qui tinte à tout choc;- la mer, et puis la mer, et encore la mer, qu'un jour le brouillard avait couverte et assourdie, qu'un autre jour (le 2 août 1914) constellait de méduses à frange mauve;- le lever du soleil sur une plage où trente courlis, qui avaient voyagé par la tempête, séchaient leurs plumes et leurs longues pattes;- une source de mon pays natal, si bien cachée dans un bois que je croyais être seule à boire la petite convulsion régulière qui la soulevait hors d'une coupelle de sable rouge...
Et vous voudriez que je choisisse?

COLETTE - Belles saisons

lundi 24 octobre 2011

Chronique d'automne

Il fait si beau et si doux ces jours-ci... 18° en octobre c'est doux; 18° en avril, ça pique... allez savoir pourquoi!
La lumière dorée de quatre heures de l'après-midi a cette splendeur fragile de ce qui va bientôt finir.
Une brise pleine de santé fait voler des feuilles afin de nous avertir que bientôt, il faudra les ramasser; des rosiers optimistes préparent encore des boutons et ils ont bien l'intention de continuer jusqu'aux gelées; les dahlias aux têtes trop lourdes prennent un air penché, si généreux de laisser voir leur faiblesse pour que les couper nous semble un bienfait et non un sacrifice; dans un vase à leur taille, ils vont s'endormir au chaud à la maison. Sur leur rhizome signalé par quelques tiges laissées au ras du sol, on pose un nid de paille recouvert d'un panier ou d'un pot réformé, une brique pour solidifier le tout et les voilà prêts à hiverner. Déjà l'on pense à l'émotion de fin avril quand le coeur battant on guette la jeune pousse: repris? pas repris? Si aucun rongeur n'en a fait son plat de résistance, le dahlia ainsi traité renaît chaque printemps , plus beau, plus vigoureux. Une année viendra où il faudra diviser les rhizomes, mais ce n'est pas pour celle-ci...
A côté d'eux, la verveine citronnelle, en principe gélive, face au sud et dos au mur,  a déjà résisté à deux hivers bien neigeux; elle profite de tous les soleils. Allez! taillons les longues branches souples et à elle aussi, offrons un chausson fourré de paille. Puis, effeuillons les rameaux coupés pour l'infusion du soir  et pendant ce temps, pensons au futur projet de dallage: agrandir l'espace chaises/table et faire un damier dans la plate-bande dans le but d'y installer quelques plantes magiques.
Le soleil est passé derrière les arbres du voisin; un coup de râteau, un coup de balais... mais ce n'est pas fini, il en reste encore pour demain....
PS : Le lézard de l'an dernier a grandi d'un bon tiers; tandis que j'écris, je le vois à travers la vitre occupé à poursuivre une jeune lézarde aguicheuse qui se planque derrière le volet... mais le temps que j'aille chercher l'appareil photo... ils ont disparu avec le dernier rayon du soleil.

lundi 17 octobre 2011

Jardins de plumes


Le Potager fait chambre à part. De toutes les pièces de la maison, il constitue celle qui demande le plus d'attention et de ménage: amender, pailler, éloigner les herbes concurrentes, semer, désherber en délicatesse, démarier, éclaircir, tailler, palisser, protéger des lapins, des limaces, de l'excès de soleil; laisser pourtant venir les ancolies et les compagnons blancs accompagnant les tomates et les courges. A force d'essais, je connais la liste des espèces compatibles avec le terrain pauvre et sec de la Vallée, la liste des accommodantes, le liste des impensables: un chou averti d'y être planté meurt à l'avance. Comme tout le monde, j'obtiens des radis de printemps; la laitue accepte d'y développer un feuillage et refuse de pommer, les carottes parviennent à former des racines acceptables et fourchues; navets, betteraves et bettes fabriquent d'immangeables fibres; la roquette se plaît, la sauvage surtout; les haricots verts abondent, les pois rechignent; les poireaux tentent de grossir, passent l'hiver et fleurissent en boules perlées au milieu des cléomes et des tabacs sylvestres; je ne pince plus les tomates, elles se mêlent aux capucines; les années creuses où manque le fumier, les courges produisent des fruits nains pour des dinettes d'enfants; j'arrose au purin d'orties en puisant l'eau dans le bassin carré où les nymphéas blancs et un trèfle d'eau abritent les nèpes, les dityques et les larves de libellules.
Le Potager accueille les p,ates du Jardin en Mouvement mais il s'inscrit dans un motif de neuf carrés statiques séparés par des sentiers tondus. Une haie de charmes taillée en vagues l'isole de la maison. Dans sa partie la plus haute, une porte formée par les troncs veinés des érables de David donne accès au Perchoir.


Gilles CLEMENT - La Salon des Berces

vendredi 14 octobre 2011

"Entre les quatre tiges divergentes d'un rejet de mimosa, à même l'herbe courte, deux rossignols de muraille avaient calé leur coupe de brindilles tressées. Presque pas d'ombre sur le nid, aucune protection contre le chat errant, la martre, le rapace. Trois oisillons, le bec large, déjà emplumés, l'oeil encore tendre et saillant, se tenaient immobiles sous notre regard, et le couple des parents émus échangeaient dans les basses branches un cri court suivi d'un petit "crrr" de rainette...
-S'ils sont jolis! admira ma gardienne.
Elle se pencha, porta hardiment une main caressante sur les oiseaux sauvages...
-Il ne faut pas y toucher, surtout!
-Et pourquoi donc? Té, je vais les garder tant soit peu du soleil...
Elle brassa une poignée de foin sec, la posa sur le nid, ménagea un passage pour les parents.
Et j'étais bien un peu jalouse, moi qui n'aurais pas osé faire crédit à la confiance des rossignols de muraille, ni les traiter comme un semis de jeunes laitues.
Pendant quelques jours, j'allais épier le nid et la vigilance des rossignols. Mais, doutant de moi, je ne m'approchais pas trop. Du moins, mon immobilité rassurait d'autres créatures, les très petits, les innombrables, les mal connus, le grand capricorne en vois noir sculpté comme un bijou de deuil, le bousier absorbé dans sa besogne de Sisyphe, la tarente bossue, et les crapauds bruns, si petits qu'ils ne me voyaient pas, aveuglés par mon évidence même.
Les jeunes rossignols prirent la volée sains et saufs. Je ne les ai pas vus partir. Mais je surpris dans le nid le lézard vert en flagrant délit d'"occupation". Je voudrais progresser dans l'esprit de cet usurpateur, et j'y tâche. Mais sa nervosité, son coeur précipité de lézard l'emportent toujours, et il s'enfuit dans le plis grand désordre, se heurte à l'un des quatre supports du nid, roule dans le sable, se relève poudré, se trompe de direction, donne du nez entre mes genoux, gagne un cep de vigne et s'y rend invisible derrière une feuille...
Cette verte feuille, entre lui et moi, c'est la barrière, refermée, du Paradis terrestre...

COLETTE

jeudi 13 octobre 2011

La vie des champs

"Les chevaux que vous destinez à multiplier leur espèce, exigent, dès le plus bas âge, les plus grands soins. Le poulain de bonne race s'avance fièrement dans la plaine, et plie ses jarrets avec grâce.....Il ne s'effraie pas d'un vain bruit. son encolure est haute, sa tête effilée, son ventre court, sa croupe arrondie. Ses muscles ressortent avec énergie sur son poitrail. La couleur la plus belle est le bai-brun et le gris pommelé; la moins estimée est le blanc pâle et l'alezan clair. Un bruit d'armes a retenti au loin, le bouillant coursier ne peut rester en place; il dresse les oreilles; ses membres frémissent; il hennit, et de ses naseaux s'échappe un souffle de feu; les flots de son épaisse crinière retombent sur son épaule droite; son épine se double sur son dos; il creuse la terre, et la fait résonner sous son pied vigoureux."

VIRGILE - Géorgiques

jeudi 6 octobre 2011

Jardins de plumes

Le Champ prend le soleil de tous côtés. Sec et pauvre, transformé en prairie de dactyle fourrager à faible rendement, le champ dit de la Grand'Roche, acquisition récente, joint les autres parcelles du terrain. Il s'en distingue par la taille, la platitude et l'éloignement. Dès l'achat, je décide de transformer la surface monotone en lieu de diversité par un semis de cinquante espèces différentes. Avec Mahaut et Claudine, nous arpentons le champ labouré en semant les graines à la volée. Comme sur les timbres anciens où le vent se prend dans la robe trop longue de la Semeuse, transformant le simple semis en un geste héroïque...

Gilles CLEMENT - Le Salon des Berces

dimanche 2 octobre 2011

L’ OMELETTE AUX CHAMPIGNONS

Si octobre est trop chaud,
En février, la glace est au carreau.


En cuisine comme en amour, on ne doit pas bâcler ; il faut savoir prendre son temps.
La réussite en l’une ou l’autre matière requiert un savant dosage de science et de fantaisie. D’imagination, d’innovation aussi. Les voyages font prendre goût aux saveurs exotiques,  et puis un jour, on arrive à retrouver son petit Liré pour savourer sur ses rives un classique pot-au-feu.
Ou une simple omelette aux champignons….Oui, je vous parlerai plus tard du pot-au feu ; il faudra m’y faire penser.
Mais en octobre, s’il fait doux et humide, quand la lune débute et commence à monter ; guettez le premier rayon du soleil, armez-vous d’un panier et allez « aux champignons », sans oublier le chien qui ne comprendrait pas que vous partiez sans lui dans la campagne..
Car pour une bonne omelette aux champignons,  évitons d’utiliser l’insipide et caoutchouteux champignon dit « de Paris » .
La rare morille, la tendre et dodue girolle, l’inquiétante et parfumée trompette « de la mort » …oui, je sais, des Maures en raison de sa couleur, mais en matière de champignons, il est toujours amusant de faire frémir le béotien.
Voyons, où en étions-nous ? ah oui ! morilles, girolles et trompettes ont fini leur saison. Mais à vous les ceps et autres bolets, à vous l’élégante coulemelle. Et d’autres encore, mais je vous cite les plus savoureux et les moins perfides ; on ne peut les confondre avec aucun autre. Sauf peut-être certains bolets qui ne sont pas mortels et qui deviennent au toucher si bleus qu’ils ne suscitent aucune gourmandise.
Si vous avez des doutes sur l’innocence de votre récolte, faites-là examiner par un pharmacien. Il y en a encore qui s’y connaissent ; parfois trop. J’en ai connu un dont le verdict était immanquablement :« Si j’était vous, je ne mangerais pas ça ! » et devant l’air dépité du mycologue amateur proposait aimablement de le débarrasser de sa récolte.
C’est lui qui m’a donné la recette de l’omelette aux champignons :
D’abord, vous renversez votre panier, vous triez les champignons ; vérifiez qu’ils ne soient pas véreux et, avec une brosse douce,  débarrassez-les de la terre, des brindilles,  des feuilles mortes et des petites limaces tant absorbées par leur casse-croûte qu’elles ne se sont pas aperçues du changement survenu dans leur vie.  Il ne faut JAMAIS les laver (les champignons, pas les petites limaces).
Dans une poêle, vous faite chauffer un filet d’huile d’olive, vous y jetez les champignons coupés en morceaux. Attention ! il ne faut pas les saisir. Là, tout doucement, vous les faites « suer ». Quand ils ont jeté toute leur eau, vous les laissez, toujours avec une grande douceur, la réabsorber. Et là, mais là seulement, vous pouvez ajouter sel, poivre, quelques lamelles d’échalote, un soupçon de persil. Et l’ail, me direz-vous ? Doucement ! il risque de masquer le parfum des champignons . Alors, oui, si vous ne pouvez pas vous en passer, mais encore une fois, ce qui est bon pour le champignon citadin, peut nuire à celui des bois.
Pendant ce temps, vous aurez battu des œufs, que vous allez jeter sur vos champignons qui finiront de cuire dans l’omelette. Vous laissez bien prendre le fond. Tout au long de la cuisson vous ramenez les bords vers le centre pour laisser passer la partie liquide sur le bord de la poêle. Ainsi votre préparation restera moelleuse.
Quand l’omelette est « baveuse »mais bien dorée, vous la repliez sur un plat ovale.
Précédée, d’une soupe aux légumes, accompagnée d’une salade croquante et suivie d’une tarte aux fruits, l’omelette aux champignons est la reine des dîners d’automne.