mercredi 13 avril 2016

La vie des champs


"Lorsque le jeune cep commence à pousser ses premières feuilles, ménagez sa faiblesse; et même, lorsque sa tige féconde s'élance hardiment dans les airs, n'y portez pas encore la serpe; bornez-vous à en éclaircir le feuillage avec la main. Plus tard, quand ses pousses vigoureuses, enlacées autour des ormeaux, auront atteint une certaine hauteur, élaguez ses branches et sa verte chevelure. Alors il ne redoute plus le fer: exercez sur lui un vigoureux empire, et réprimez l'essor de ses jets vagabonds.
Entourez votre plant d'une haie et écartez-en les troupeaux, surtout quand les feuilles encore tendres n epeuvent supporter aucun outrage. Car, outre la riguer des hivers et les ardeurs des étés, les buffles sauvages et les chevreuils avides ne cessent alors de maltraiter la vigne; les brebis et les génisses la dévorent. Les frimas qui blanchissent les plaines, le soleil qui darde ses feux sur les rochers arides, lui sont moins funestes que le venin de leurs dent meurtrière et que leurs morsures imprimées sur les rameaux.
... Vos ceps sont-ils plantés, il vous reste à ramener souvent la terre autour du pied et à la remuer avec de lourds hoyaux, ou à labourer profondément le sol, et à promener entre les plants vos taureaux vigoureux. Puis, attachez aux ceps des roseaux, des baguettes sans écorce, des échalas de frêne et des bâtons fourchus, où la vigne, trouvant un appui, s'accoutumera à braver les vents et à monter d'étage en étage jusqu'à le cime des ormeaux."

VIRGILE - Géorgiques

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