samedi 23 octobre 2010

Le Salon des Berces (2)


Dressées en îles sur le vallon herbeux, les berces du Caucase marquent l'espace en toutes saisons sauf par grands froids lorsque les feuilles d'un vert émeraude s'affaissent et disparaissent. Je dois aux berces l'invention du Jardin en mouvement, mode de gestion respectueux des énergies en place. les déplacements physiques des espèces à cycle court illustrent, entre autres, la question des échanges d'énergie au jardin. La berce du Caucase demeure pour moi, et pour l'histoire même de ce jardinage, l'emblème d'une gestion différenciée, soucieuse de préserver la diversité. En toutes saisons j'y fait passer les étudiants et tous ceux qui cherchent les preuves du mouvement au jardin.
La berce du Caucase est à la fois une architecture et un évènement. Une star et une insaisissable vagabonde. Elle se tient en marge mais on parle d'elle. Elle signe la Vallée.
La plante, pourchassée au titre d'invasive mais aussi pour les brûlures provoquées à son contact, jouit d'une réputation exécrable chez les censeurs du paysage naturel. Par on ne sait quelle magie protectrice, les écosystèmes devraient demeurer purs, indemnes de corps étrangers, aussi éloignés qu'il se peut des mécaniques du brassage planétaire. Au salon des berces, les grandes ombelles se couvrent de longicornes, de diptères et de cétoines rutilantes au mois de juin. Les hampes côtelées, parfumées à l'angélique, dressées en îles mobiles avec le temps, se signalent de loin. Elles changent les échelles du vallon par la hauteur des plantes et leur présence à la vue en un lieu si petit. Le sentiment d'encombrement cesse avec la fauche d'été...

Gilles CLEMENT - Le salon des berces

2 commentaires:

n-talo a dit…

on n'est plus tout à fait la même aprés avoir lu gilles clément !
je n'ai pas encore lu celui là, je digère encore le tiers paysage ...

almanachronique a dit…

Depuis que je l'ai lu, j'ai complètement changé mon approche du jardin. En fait, il m'a comme "autorisée" à faire ce dont j'avais envie... avoir un jardin sans discipline... et c'est tellement plus facile quand on le suit...
P.