dimanche 10 janvier 2010

L’ELLEBOREXXX

Madelon la jeune bergère, trouvant dans l’herbe…. Non ! c’était Margoton… et puis aussi, c’était Brassens..
Là, je vous parle de Madelon qui, bien loin de servir à boire aux militaires, pleurait en regardant passer les Rois Mages. Elle n’avait rien la pauvre, à offrir à l’Enfant Jésus.
Ses larmes tombées sur le sol, se changèrent sur l’intervention d’un ange qui passait par là, en coussins de fleurs blanches. La bergère en fit un bouquet qu’elle porta à la crèche. Jésus les effleurant de sa divine menotte, les teinta de toutes les nuances qui vont du rose pâle au pourpre voisin du noir…

Madelon ferait bien  de venir pleurer au jardin de janvier ; l’ellébore cette année, tarde à montrer ses boutons.Elle aime en effet que les nuits d’octobre descendent en dessous de 10° pour ensuite fleurir à l’aise. Il faudra donc attendre la fin du mois, peut-être février… mais  alors,  jusqu’en  mai, elle vous offrira, ses corolles aux tons pastel.
Même si pendant parfois deux années, elle ne montre que ses larges feuilles en éventail, d’un vert foncé et brillant, l’ellébore n’est pas capricieuse.  Simplement, elle aime à prendre son temps, ce pourquoi le bon La Fontaine la recommandait pour purger les tortues.
On est tellement persuadé qu’elle égaye les tristes jardins de janvier, qu’en dépit de toute évidence on continue à la surnommer Rose de Noël.
Elle a encore bien d’autres noms : herbe aux fous, pied de griffon, pied de lion, patte d’ours, rose de serpent, mors de cheval, pain de couleuvre etc , etc, toutes appellations ayant trait aux nombreuses propriétés et utilisations de cette  plante qui nous vient de l’ouest de la Chine
Haute de 40 à 70 cm selon les espèces, l’ellébore est une vivace herbacée à souche rhizomateuse ; son feuillage coriace persiste en hiver.
Très rustique, elle résiste à -15° ; bien que certaines hybrides soient plus frileuses. On la plante du début de l’automne jusqu’au printemps. Elle se ressème facilement sans aide et peut même devenir envahissante ; dans ce cas, de septembre à octobre, on prélève les jeunes pousses qui s’aventurent hors de l’espace qui leur est dévolu.
Elle  aime une ombre légère et déteste le vent ; vous la rendrez heureuse en l’abritant sous des arbustes caducs.
Si elle se plaît dans tous les types de sol, elle préfère cependant les terres lourdes, voire argileuses, si elles sont bien amendées en matières organiques, telles que le  fumier de cheval,(fumure chaude recommandée dans ce cas) et aussi, si vous pensez à épandre de la cendre de bois qui évite la stagnation d’eau toujours possible en terre argileuse. La cendre également , qui irrite la peau délicate de leur petit ventre, repousse limaces et escargots qui sont avec les pucerons les pires ennemis de la belle.
 L’ellébore  jouit généralement d’une bonne santé mais si des taches noires déshonoraient ses feuilles il faudrait les traiter à la bouillie bordelaise. C’est rare, mais il peut arriver qu elle dépérisse ; il suffit dans ce cas, de la déplacer pour qu’elle retrouve sa bonne mine. . Puisqu’elle se plaît au pied des arbres, elle sera un parfait couvre-sol. Utilisée en bordures, ses feuilles resteront décoratives une fois la floraison passée. N’hésitez pas à supprimer celles qui,  tachées et abîmées,  s’avachissent sur le sol.
Mariée au baies noires du lierre, auxquelles vous aurez ajouté quelques ronces pourpres,  vous en ferez des bouquets étonnants. Pour cette dernière utilisation, il faut toutefois rester circonspect, car on prétend que cueillir la Rose de Noël rend triste. Bof ! faites- la cueillir par quelqu’un… mais quand même , restez prudents, il paraît qu’en vases, elle attire la foudre. Quoique…la foudre en cette saison ???


Héra, pour se venger, probablement d’une quelconque complicité d’Héraclès dans une des nombreuses polissonnerie de Zeus, avait rendu fou furieux le héros. Si fou et si furieux qu’il tua ses enfants. Il fallut pour le calmer, lui administrer de l’ellébore.
Voilà pourquoi les anciens recommandaient d’en administrer aux  fous, aux épileptiques, aux enragés et aux possédés. Avec des propriétés  proches de celles des narcotiques, elle est aussi purgative et vermifuge. 
Suétone parle d’un prétorien que Caligula fit mettre à mort après qu’on eut en vain tenté de calmer sa folie avec la plante. Hippocrate et Galien, sommités médicales de leur temps sont loin d’être d’accord sur les utilisations de la plante, puisque on disait aussi qu’il fallait en faire manger aux enfants, à jeun, pour développer leur intelligence. Mais attention ! L’ellébore est toxique car elle  contient de l’hellébromine qui paralyse le système nerveux et agit sur le cœur
Un conseil moins risqué est d’en faire porter une racine aux dépressifs. Leur état s’en améliorerait spectaculairement.
Quand aux sorcières, elles avaient soin avant d’enfourcher leurs balais pour se rendre au sabbat, de s’enduire le corps d’un onguent à base d’ellébore à laquelle on ajoutait des graines de tournesol, un peu de haschich, quelques fleurs de coquelicot et de cannabis. On faisait cuire le tout dans du saindoux. On ne m’a malheureusement pas indiqué le temps de cuisson, les proportions, ni les parties de la plante utilisées.
Plus simplement, si vous avez besoin de vous rendre invisible, il suffit de répandre devant vous de l’ellébore en poudre.          
Elle est utile également en médecine vétérinaire : si votre scorpion favori a rendu l’âme, frottez le d’ellébore et vous le verrez revenir à la vie.
Dans vos porcheries, suspendez-en  aux poutres, aux râteliers, aux mangeoires ; elle éloignera les animaux malfaisants tels que serpents, salamandres ou humains porteurs du mauvais œil. Elle protège les poulaillers de la vermine, purifie l’air des étables et prévient les maladies du bétail…et d’ailleurs ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ?
Si en dépit de toutes ces précautions, vos animaux tombent malades, tentez, si vous y parvenez, de leur mettre de l’ellébore dans l’oreille.
Et à propos d’oreille, les anciens astrologues disaient qu’elle provoquait les calomnies …mais s’il fallait croire tout ce qu’on dit !!!!
Ah, dernière recommandation : si, tandis qu’un aigle survole votre jardin, vous tentiez d’arracher  l’ellébore, le geste pourrait être mortel…attendez qu’il soit passé…
 PP



2 commentaires:

Enitram a dit…

Vraiment intéréssant ton billet concernant cette fleur que j'aime beaucoup, merci !

Odile a dit…

On y veillera, Pomme, merci du conseil ! Madelon, c'est joliment désuet.