lundi 24 septembre 2012

Des fleurs...


" Je ne réclame de celles- ci (les fleurs) que ce qui est permis aux sens grossiers de l'homme. La lumière du microscope, projetée sur leurs secrets, il est trop tard pour qu'elle me tente. C'est bien assez que l'oxalis s'endorme avec grâce, que s'évanouisse la sensitive, que la petite grassette, si douce, referme sue l'insecte sa feuille, le tue et le digère. Le chardon à foulon, j'ai cru longtemps qu'il n'emplissait ses godets sous l'avers que pour donner à boire aux oiseaux; mais on m'apprend que dans cette eau il déploie des rets impalpables, pièges à la taille des visiteurs minuscules...
C'est trop que de m'aventurer dans la connaissance occulte de la fleur, de ses ruses, des tours de force réalisés par son appareil vexillaire. Ténébreuse en ses desseins, carnivore, insectivore, vivante partant criminelle, elle a de quoi nous confondre d'étonnement. Mais toutes les amours ne vivent pas que de s'étonner. Où allons-nous, déchirant une à une les apparences, rencontrant la vie derrière ce qui ne bougeait pas, un système nerveux sous l'écorce, le don de souffrir dans ce que nous croyions impassible? Pendant combien de temps pourrons-nous donner le nom d'inconcevable à ce qui est encore inconnu? Je songe au mot d'une enfant intelligente, avide de connaître la plante et le corolle, la balistique des pollens, la science topographique des racines, les stratégies du germe: " Mais alors, dit-elle rêveusement, il n'y a pas de végétaux? "

COLETTE - Belles Saisons - Flammarion 1955


1 commentaire:

Veronica a dit…

J'aime descendre dans ton jardin de bon matin ! pour y trouver Colette !