lundi 15 août 2011

Le Rossoly

Il est de ces boissons qu'on n'a jamais bu qu'avec les yeux puisque on ne les trouve qu'entre les pages de romans anciens où pour ranimer l'héroïne victime d'une émotion trop forte, on lui donne "deux doigts" de Frontignan ou de Vouvray. On y sert à table du Tokay et l'on y boit aussi du Rossoly....
Je viens d'apprendre que ce mythique Rossoly est ainsi nommé car il était un des élixirs favoris du Roi Soleil.
On trouve sa composition et la manière de le faire dans l'édition 1680 du "Cuisinier François", et telle quel, je vous la livre:

" Prenez de bon esprit de vin, le mettez dans une bouteille ou vaisseau bien net, & estoit par en haut, mettez dedans six grains de poivre blanc concassé, du poivre long deux grains, du massis deux feuilles, un peu de cannelle, douze cloux de girofle, gros comme une noisette de gingembre, & que le tout soit bien proportionné, de  l'any & de la coriande trois pincées qui soient concassées, bouchez le bien & le laissez infuser vingt-quatre heures en lieu frais, puis le passez dans une chausse comme l'hypocras; mettez un jus de citron en le passant, faites cuire vostre sucre à la plume, et puis ostez-le de dessus le feu, et mettez vostre esprit de vin dedans, et le passez derechef à la chausse, il faut beaucoup plus d'ambre et de musc qu'à l'hypocras, il faut à une pinte d'esprit de vin trois livres de sucre."

Vous avez là un des secrets qui permettaient au Roi Soleil d'honorer dans l'ordre où il les trouvait en traversant ses appartements, une maîtresse qu'il allait délaisser, son épouse, une nouvelle favorite, sans négliger au passage quelques femmes de chambre...

Tchin!

samedi 13 août 2011

Quand le Forban Domestique devient le Seigneur des Anneaux...

La passiflore s'est effondrée sur les dahlias qui se sont écroulés et... bref, un simple fil de fer ne suffit plus!

C'est la cata, et le gargouillou réclame un palissage, un treillis, quelque chose  pour rattacher tout ça. Une expédition est menée dans les jardineries et autres bricoleries du secteur... Rien ne convient; c'est moche, ou trop difficile à fixer ou pire, ça ne rentre pas dans la voiture.
"Il faudrait une échelle ", suggère le gargouillou. Justemant, opine le cap'tain, il y en a une vieille en train de rouiller derrière le garage
Mais la vieille échelle est tellement rouillée qu'elle part en morceau quand on tente de l'extraire du roncier au sein duquel elle agonise.
 Le cap'tain avise soudain d'anciens cercles de tonneau, rouillés certes, mais encore solides
Reliés entre eux et fixés à des pitons , voilà un parfait support de grimpante.
"Faudrait les peindre! " dit le cap'tain;
"Meuuh non! le rouillé, c'est tendance !" affirme le gargouillou toujours "fashion victim!"
Et voilà! La passiflore est raccrochée et priée fermement de se bien conduire; les dahlias sont redressés. Quelques géraniums vivaces ont été un peu piétinés, mais cette variété-là s'en remettra.
Seules trois grosses têtes sont tombées:il reste à les arranger en bouquet.
Et Jasmine( qui leur ressemble un peu) est venue leur tenir compagnie...

samedi 6 août 2011

La vie des champs

Façonnez et domptez de bonne heure les taureaux que vous voulez dresser aux habitudes et aux travaux champêtres, tandis que leur âge est docile et leur caractère traitable. D'abord suspendez à leur cou un cercle d'osier qui flotte librement.
Quand leur indépendance se sera pliée à ce joug, réunissez par leur collier deux taureaux pareils, et forcez-les à marcher d'un pas égal."


VIRGILE - Géorgiques

mardi 2 août 2011

LES MURES

S’il pleut à la Bonne Dame des Neiges
L’hiver aura autant de neige
Mais s’il fait beau ce jour-là
Hiver sec sera.




C’est en août qu’elles sont mûres ! Glaneuse, nul besoin de faire le mur, la mûre est partout, mais la mûre murmure ! Les herbicides lui vont mal ; ils la dessèchent avant maturité. C’est qu’il faut bien, nous disent les princes du tracteur et de la mois’bat, éliminer les ronces… car, oui, la mûre est une ronce et une ronce coriace. En dépit des ( mauvais) traitements qu’on lui fait subir elle s’accroche et persiste pour notre plus grand bonheur.
Voici donc venu, glaneuse, le temps d’aller en ramasser. Eloigne-toi des cultures céréalières et autres et emprunte les petits chemins qui mènent aux grands bois. C’est là qu’elles sont belles et noires et gonflées de jus à la fois acide et sucré ; elles ont sous ce couvert été préservées de la plupart des « icides » qui leur sont autant qu’à ta santé,néfastes.
Evite glaneuse, celles qui sont à ras de terre et ne cueille qu’au-dessus de tes genoux. Les renards aiment se soulager dans les ronciers et transmettent un maladie dont le nom m’échappe (demande au vétérinaire, il la connaît bien), et qui peut être  mortelle pour les humains.
Au retour, ton panier plein, regarde aux mois précédents pour en faire une excellente confiture.  Mais connais-tu le « Vin de Mûres » ?

Il te faut 3kg de fruits que tu écraseras pour obtenir 1kg de jus.
Dans un petit tonneau ou une jarre que tu tiendras dans un endroit où la température se maintient autour de 20°, (en été, un cellier fait l’affaire), tu versera le jus additionné d’un litre d’eau, d’un gramme de levure et d’un gramme d’acide tartrique.
Laisse reposer 48 heures, puis soutire le jus et ajoute-lui son poids en eau. Reverse ce liquide sur le marc qui est resté dans le tonneau et attend quatre ou cinq jours.
Il est temps maintenant de soutirer dans une bonbonne. Ajoute alors 250gr de sucre, un gramme d’acide tartrique, un gramme de levure de bière diluée dans de l’eau tiède.
Laisse fermenter, filtre, et verse dans de jolies bouteilles.

Tout l’hiver à la veillée, le parfum du moi d’août t’accompagnera.